Les Maths de Nadine
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Chapitre 4

Fonctions polynomiales — les courbes qui ondulent

Après les droites (degré 1) et les paraboles (degré 2), on monte d'un cran : , x⁴… Bonne nouvelle : tout ce que tu sais déjà continue de marcher. Il suffit d'ajouter deux outils magiques — la factorisation et le tableau de signes.

C'est quoi, un polynôme ?

Un polynôme, c'est une addition de « briques ». Chaque brique est un nombre multiplié par une puissance de x : 5x³, −2x², 7x, −4… On les empile, et c'est tout. Pas de x au dénominateur, pas de x sous une racine : juste des puissances entières.

Définition

La fonction f(x) = cnxn + cn−1xn−1 + … + c1x + c0 (avec cn ≠ 0) est une fonction polynomiale de degré n.

Les nombres cn, …, c1, c0 s'appellent les coefficients. Le degré, c'est simplement la plus grande puissance de x qui est vraiment là (celle dont le coefficient n'est pas nul).

Exemple

p(x) = x² + x + 2 → degré 2, avec c2 = 1, c1 = 1, c0 = 2.
q(x) = x³ − 2x² − x → degré 3, avec c3 = 1, c2 = −2, c1 = −1, c0 = 0.

Et si on les additionne ? (p + q)(x) = x³ − x² + 2 — on range simplement les briques de même puissance ensemble. Ici c2 = 1 + (−2) = −1.

Astuce

Pour multiplier deux polynômes, le degré du résultat est la somme des degrés : degré 3 × degré 2 = degré 5. Pas besoin de tout développer pour connaître le degré !

Interactif

L'usine à polynômes

Bouge les coefficients et regarde la courbe changer. Mets c3 à 0 : la courbe redevient une parabole. Mets aussi c2 à 0 : une droite !

Les fonctions du 3e degré

La star du chapitre, c'est f(x) = c3x³ + c2x² + c1x + c0. Sa courbe a une allure caractéristique : elle ressemble à un S couché, elle vient de très bas et repart vers le très haut (ou l'inverse si c3 est négatif).

À retenir

Une fonction du 3e degré coupe toujours l'axe des x : elle a entre 1 et 3 zéros.

Pourquoi « toujours » ? Parce qu'elle part de −∞ d'un côté et va vers +∞ de l'autre : pour passer du négatif au positif, elle est bien obligée de traverser le zéro quelque part !

Un zéro (on dit aussi une racine) d'une fonction, c'est une valeur de x pour laquelle f(x) = 0 : autrement dit un point où la courbe touche l'axe horizontal. Les chercher, c'est résoudre l'équation f(x) = 0.

Interactif

1, 2 ou 3 zéros ?

Ici la fonction est construite à partir de ses zéros : f(x) = a(x − r1)(x − r2)(x − r3). Fais glisser les racines l'une sur l'autre et observe : quand deux zéros se rejoignent, la courbe ne traverse plus l'axe, elle le touche et repart.

Résoudre par factorisation

La règle d'or de tout le chapitre

Un produit est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul.

Si A · B · C = 0, alors A = 0 ou B = 0 ou C = 0. C'est logique : pour que le produit de plusieurs nombres soit nul, il faut bien qu'au moins l'un d'eux le soit.

Conséquence : toute la stratégie consiste à transformer l'équation en produit égal à zéro. Une fois factorisée, l'équation se résout presque toute seule.

Méthode 1 — la mise en évidence

On repère ce qui est commun à tous les termes et on le sort du lot, comme on mettrait en facteur commun.

Exemple x³ + x² − 2x = 0

Tous les termes contiennent un x : on le met en évidence.

x(x² + x − 2) = 0

Le contenu de la parenthèse est un trinôme du 2e degré : on le factorise avec la somme-produit du chapitre 2 (somme = 1, produit = −2 → les nombres 2 et −1).

x(x + 2)(x − 1) = 0

Trois facteurs, donc trois candidats : S = {−2 ; 0 ; 1}.

Méthode 2 — les groupements

Quand il y a 4 termes et rien de commun aux quatre, on les regroupe 2 par 2 : on met en évidence dans chaque paire, et si on a bien joué, une parenthèse identique apparaît des deux côtés.

Pas à pas

La méthode des groupements, étape par étape

Résolvons x³ − 3x² − x + 3 = 0. Clique pour dérouler, et essaie de deviner l'étape suivante avant de la révéler.

Piège fréquent

Ne divise jamais les deux côtés par x ! Dans x³ + x² − 2x = 0, si tu divises par x, tu perds la solution x = 0. On met en évidence, on ne simplifie pas.

Les produits remarquables du 3e degré

Tu connais déjà (A + B)² = A² + 2AB + B². Il en existe quatre nouveaux avec des cubes. Ils servent à reconnaître une forme et à la factoriser d'un coup d'œil, sans calcul.

À connaître A³ + B³ = (A + B)(A² − AB + B²) A³ − B³ = (A − B)(A² + AB + B²) A³ + 3A²B + 3AB² + B³ = (A + B)³ A³ − 3A²B + 3AB² − B³ = (A − B)³
Comment les reconnaître ?

Deux termes seulement, tous deux des cubes parfaits (8 = 2³, 27 = 3³, 125 = 5³, , 27x³ = (3x)³) → c'est A³ ± B³.

Quatre termes avec des coefficients 1, 3, 3, 1 → c'est un cube (A ± B)³. Les signes alternent (+ − + −) quand c'est un moins.

Exemple

27x³ + 8 : ici A = 3x (car (3x)³ = 27x³) et B = 2 (car 2³ = 8). Donc

27x³ + 8 = (3x + 2)(9x² − 6x + 4)

x³ − 6x² + 12x − 8 : quatre termes, coefficients 1, 6, 12, 8 et signes alternés. Avec A = x et B = 2 : 3A²B = 6x² ✓, 3AB² = 12x ✓, B³ = 8 ✓. Donc

x³ − 6x² + 12x − 8 = (x − 2)³
Visualisation

Pourquoi (A + B)³ = A³ + 3A²B + 3AB² + B³ ?

Un cube d'arête A + B se découpe exactement en 8 morceaux. Fais glisser le curseur pour les écarter et compte-les : 1 gros cube , 3 dalles A²B, 3 barres AB² et 1 petit cube . Les fameux coefficients 1, 3, 3, 1 sont juste… le nombre de morceaux !

A³ (×1) A²B (×3) AB² (×3) B³ (×1)

La division de polynômes

Parfois, aucune astuce ne marche : ni mise en évidence, ni groupement, ni produit remarquable. Il reste alors une méthode qui marche toujours, à condition de connaître une racine : la division de polynômes. C'est exactement la division que tu poses depuis l'école primaire, mais avec des x.

L'égalité fondamentale F(x) = Quotient · G(x) + Reste

Comme avec les nombres : 1732 = 346 · 5 + 2. On dit que F est divisible par G quand le reste vaut 0 — c'est le cas intéressant, parce qu'alors F(x) = Quotient · G(x) est factorisé !

Avant de commencer

Les deux polynômes doivent être rangés par puissances décroissantes, et il ne doit manquer aucune puissance : s'il manque un , on écrit 0x² à sa place. Sinon, les colonnes se décalent et tout part de travers.

Interactif

La division posée, étape par étape

Choisis une division, puis avance étape par étape :

À chaque étape : on divise le premier terme d'en haut par le premier terme du diviseur, on écrit le résultat au quotient, on multiplie, puis on soustrait (attention aux signes !).

Trouver une racine : le truc du reste & les suspects

Pour diviser, encore faut-il savoir par quoi ! Deux théorèmes très courts te donnent la réponse.

Le truc du reste

Le reste de la division de F(x) par x − a vaut tout simplement F(a).

Conséquence directe et très utile :

F(a) = 0  ⟺  F(x) est divisible par x − a

Traduction : chaque racine te donne un facteur. Si F(2) = 0, alors (x − 2) est en facteur dans F(x).

Les suspects

Si un polynôme à coefficients entiers a une racine entière a, alors a est forcément un diviseur du terme constant c0.

Autrement dit : au lieu de tester au hasard, tu n'as qu'une petite liste de suspects à interroger. Pour x³ + 4x² + x − 6, on a c0 = −6 : les suspects sont ±1, ±2, ±3, ±6. Huit essais maximum, et souvent le bon arrive tout de suite.

Interactif

La chasse aux racines

Interroge les suspects : clique sur un nombre pour calculer F de ce nombre. Si tu obtiens 0, tu as trouvé une racine — et donc un facteur.

La recette complète

Résoudre 2x³ + x² − 7x − 6 = 0 :

1. Suspects = diviseurs de 6 : ±1, ±2, ±3, ±6.
2. On teste : F(−1) = −2 + 1 + 7 − 6 = 0 ✓ → (x + 1) est un facteur.
3. On divise : (2x³ + x² − 7x − 6) ÷ (x + 1) = 2x² − x − 6.
4. On factorise le reste (2e degré, donc Δ ou tâtonnement) : 2x² − x − 6 = (2x + 3)(x − 2).
5. Conclusion : (x + 1)(2x + 3)(x − 2) = 0, donc S = {−32 ; −1 ; 2}.

Le tableau de signes

Le tableau de signes est l'outil le plus rentable de l'année : il te dit où la fonction est positive et où elle est négative. Avec ça, tu peux esquisser un graphe en 30 secondes et résoudre n'importe quelle inéquation.

La méthode en 4 temps

1. Factoriser au maximum (c'est indispensable : on ne connaît le signe que d'un produit de facteurs simples).
2. Trouver les zéros de chaque facteur et les ranger du plus petit au plus grand : ce sont les colonnes du tableau.
3. Sur chaque ligne, marquer le signe du facteur (un facteur x − a est avant a et + après).
4. Multiplier les signes colonne par colonne, comme une règle des signes géante.

Attention

Un facteur au carré, comme (x + 2)², est toujours positif (ou nul). Au passage de son zéro, la fonction touche l'axe sans changer de signe : la courbe rebondit au lieu de traverser.

Interactif

Tableau de signes & inéquations

Prenons f(x) = (x − 2)(x² + 4x + 3) = (x − 2)(x + 1)(x + 3). Les zéros sont −3, −1 et 2.

Compare la dernière ligne du tableau avec la courbe : là où le tableau dit +, la courbe est au-dessus de l'axe. C'est exactement la même information.

Résoudre une inéquation

x³ + 3x² > 2x + 6

1. Tout ramener d'un côté (jamais de division par un truc qui contient x !) : x³ + 3x² − 2x − 6 > 0.
2. Factoriser par groupements : x²(x + 3) − 2(x + 3) = (x + 3)(x² − 2), soit (x + 3)(x − √2)(x + √2) > 0.
3. Tableau de signes avec les zéros −3, −√2 ≈ −1,41, √2 ≈ 1,41, puis on garde les colonnes + :

S = ]−3 ; −√2[ ∪ ]√2 ; +∞[
À toi

Quelle esquisse est la bonne ?

Voici f(x) = x³ + 2x² − 5x − 6, dont les zéros sont −3, −1 et 2. Deux esquisses, une seule est correcte. Laquelle, et pourquoi ?

Clique sur l'esquisse que tu penses correcte.

À toi de jouer

Six questions pour vérifier que tout est en place. Chaque réponse vient avec son explication.